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 Voyage vers l'enfer- Mourad Benchellali

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Margot
Pimousse cassis
Pimousse cassis
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Localisation : Con Quijote perdida en la Mancha
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MessageSujet: Voyage vers l'enfer- Mourad Benchellali   Jeu 2 Aoû 2007 - 13:13

Résumé

Parfois il suffit d'une erreur pour basculer en enfer... Ensuite, il faut trouver le chemin du retour. Vénissieux, juin 2001. " Tu devrais aller en Afghanistan, c'est un pays magnifique. Tu verras, j'ai des amis là-bas, ils t'aideront. Et puis ça te ferait du bien, deux mois de vacances... ". Mourad Benchellali a dix-neuf ans. Il écoute son frère, son aîné de huit ans, que son allure et ses voyages mystérieux auréolent d'un halo d'aventure. Après tout, pourquoi pas ? Mourad n'est ni un islamiste fanatique, ni un jeune en perdition : il a un métier, il vient d'acheter une voiture et de se fiancer. Mais à la veille de cet été 2001, lui qui n'a jamais voyagé voit une occasion d'interrompre la routine d'une vie sans surprise. En disant oui à son frère, il ignore qu'il vient de mettre le pied en enfer. Guide par les " amis " de son frère, il atterrit dans un camp d'entraînement d'Al-Qaeda, une organisation dont il ignore tout. Tolérant, non-violent, Mourad est à l'opposé de l'univers qu'il découvre et il n'a qu'une idée : rentre chez lui et reprendre une vie paisible. Mais après le 11 septembre, le piège se referme. Et c'est la fuite, à pied, dans la neige, à travers les montagnes de l'Hindu Kush. A peine réfugié au Pakistan, Mourad est arrêté puis livré aux autorités américaines. Un cauchemar de quatre ans commence, qui l'amènera jusqu'à Guantanamo, puis dans les prisons françaises. Aujourd'hui, il est libre, avec une vie à reconstruire. Ce témoignage est une aventure dont chaque étape coup le souffle ; par sa sincérité, c'est un document qui touche au cœur. Mourad, grâce à son intelligence et à sa sensibilité, a su transformer son épreuve en une surprenante école de la tolérance et de la vie.


l'auteur

Citation :

Les bonbons de Guantanamo, par Mourad Benchellali

LE MONDE | 16.06.06

J ’ai été libéré du camp de Guantanamo en juillet 2004. Alors que je m’apprêtais à monter à bord de l’avion qui me ramenait chez moi, en France, je me souviens que le dernier détenu à qui j’ai fait mes adieux était un jeune Yéménite. Il était submergé par l’émotion. "Dans ton pays, Mourad, il y a des droits, les droits de l’homme, et chez toi ça veut dire quelque chose. Chez moi, ça ne veut rien dire, et tout le monde s’en fout. Alors, quand tu seras libre, n’oublie pas par où tu es passé. Dis aux gens que nous, nous sommes ici..." Je lui ai promis que je n’oublierais pas.

Heureusement, ce jeune homme ne fait pas partie des trois dont le suicide a été annoncé par la direction du camp, samedi 10 juin. Mais, depuis, sa voix et ses paroles n’ont cessé de m’accompagner. Je m’en veux de ne pas faire assez pour respecter ma parole. Je sens profondément que, malgré la liberté qui est la mienne aujourd’hui, la souffrance partagée ne cesse de me renvoyer là-bas, à Cuba, comme dans un cauchemar.

Au printemps 2001, alors que j’avais 19 ans, j’ai fait l’erreur d’écouter mon grand frère et de partir pour l’Afghanistan pour ce que je croyais être des vacances de rêve. Ses amis, m’avait-il dit, allaient s’occuper de moi. C’est ce qu’ils ont fait - m’expédiant à mon insu vers ce qui s’est révélé être un camp d’Al-Qaida. J’étais piégé au milieu du désert, prisonnier de ma peur et de ma bêtise. Dès que j’ai pu partir, j’ai pris la direction du retour. J’étais à quelques kilomètres de la frontière pakistanaise lorsque j’ai appris la nouvelle des attentats du 11 septembre 2001. Leur horreur avait quelque chose d’irréel et, pourtant, d’une façon vague et menaçante, je sentais que mon destin était lié à leurs conséquences. Quelques jours plus tard, la frontière pakistanaise a été fermée, et le seul passage restait à pied, à travers les montagnes de l’Hindu Kush.

J’étais avec un groupe de gens dont aucun n’était armé ; la plupart d’entre eux étaient, comme moi, des enfants égarés de l’islam, attirés en Afghanistan par une idée d’aventure - certes fausse, et au mauvais moment... J’ai été arrêté avec eux alors que nous prenions le thé dans une mosquée au Pakistan. Quelques jours après notre arrestation, nous avons été remis aux Américains. Je l’ignorais à ce moment, mais nous étions étiquetés "ennemis combattants" - je ne m’étais jamais senti d’ennemis, je n’avais pas été capturé sur le champ de bataille et n’avais jamais porté d’arme contre quiconque.

Après deux semaines de cauchemar sur une base militaire US à Kandahar, j’ai été déporté à Guantanamo, derrière ces barbelés de l’absurdité et du malheur. Il m’est impossible en quelques lignes de décrire les souffrances et les tortures endurées et, d’ailleurs, par un paradoxe étrange, ce n’est pas le pire. Le pire est de découvrir jour après jour que, quoi que je dise, cela ne faisait pas de différence. Je répétais les mêmes choses aux interrogateurs du renseignement militaire, de la CIA, du FBI... "Ton dossier avance" : la première fois que j’ai entendu cette phrase, j’ai cru bondir de joie. Et puis, après des mois de déceptions, j’ai essayé de m’immuniser contre la plus incurable des maladies : l’espoir.

Je me souviens qu’un interrogateur, au fil de plusieurs séances, avait tenté de me préparer psychologiquement au test polygraphe que je devais passer et qui, selon lui, était infaillible. Après l’épreuve, je suis resté seul une heure dans la salle d’interrogatoire. Puis il est revenu. "Félicitations, m’a-t-il dit, tu as réussi le test." Et il m’a donné une boîte de bonbons. Dans le monde extérieur, pensais-je naïvement, la différence entre mentir et dire la vérité, entre commettre un crime et ne pas en commettre un, c’est la différence entre être en prison et être libre. A Guantanamo, c’est une boîte de bonbons.

Durant mes deux années et demie à Guantanamo, j’ai été le témoin direct de bien des actes de rébellion, qui pouvaient aller des cris à la grève de la faim et aux tentatives de suicide. "Ils sont intelligents, ils sont créatifs, ils sont déterminés", a déclaré l’amiral Harris, qui commande maintenant le camp. "Ils n’ont pas de considération pour la vie, que ce soit celle des autres ou la leur. Je crois que ceci (les trois suicides) n’est pas un acte de désespoir, mais un acte de guerre asymétrique dirigé contre nous."

Je suis un musulman tranquille. Je n’ai jamais mené une guerre, fût-elle asymétrique ( ?) contre quiconque. Je n’étais pas antiaméricain avant mon départ et, par miracle, je ne le suis pas devenu après mon retour. A Guantanamo, j’ai vu quelques visages durcis par l’islamisme radical et la haine, mais la grande majorité de ceux qui viennent à mon souvenir - ceux qui hantent mes nuits - ont l’_expression du désespoir, de la souffrance, de l’incompréhension qui tourne à la folie.

Un des paradoxes de mon expérience à Guantanamo est que ce camp a été mon école : j’y ai appris l’arabe, l’anglais, le Coran et la prière. (Cela pourra en surprendre beaucoup, mais le Coran est le seul livre qui ne peut pas être retiré aux détenus, et les appels à la prière sont relayés par haut-parleurs cinq fois par jour.) Beaucoup de sources aujourd’hui (y compris des sources militaires américaines) reconnaissent qu’une majorité écrasante des prisonniers de Guantanamo ne peuvent sérieusement être accusés d’aucun crime, je suis conscient qu’un petit nombre d’entre eux a participé à des entreprises criminelles, meurtrières. Mais ce que j’ai entendu tant de fois résonner de cage en cage dans toutes les langues du monde, ce n’était pas : "Libérez-moi, je suis innocent !", mais : "Jugez-moi pour ce que j’ai fait !" Il y a une cruauté illimitée dans un système qui semble tout aussi incapable de libérer les innocents que de punir les coupables.
source le monde et http://www.labanlieuesexprime.org/article.php3?id_article=746


Mon avis:

Bousculant, comment peut on se laisser entrainer dans un tel bourbier? Incroyable et pourtant... J'ai trouvé que ce document était interressant, on intègre le réseau terroriste, une machine bien huilée et attrative (si, si). Une expérience qui détruit une vie. Je le conseille
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