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 livres: comment aider à mourir?

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méline
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MessageSujet: livres: comment aider à mourir?   Jeu 4 Déc 2008 - 8:30

J'espère ne pas m'être trompé de catégorie pour ce post.

Comme je dors très mal, je lis un peu l'actualité journalistique et il y a un thème qui me touche ce matin, la loi Léonetti sur le non droit à l'euthanasie, mais sur l'accompagnement en fin de vie, j'ai mon opinion sur le sujet dont je ne débattrais pas sur le forum, ce n'est pas le lieu. Cependant le journal présente trois livres sur ce thème, je voulais vous en faire profiter, même si ce n'est pas très gai je l'admet volontiers, ça fait malgré tout parti de notre vie.


APPRENDRE À MOURIR

par Emmanuel Hirsch
Grasset
124 pages, 9 euros.

Emmanuel Hirsch est professeur d'éthique médicale à l'université de Paris-Sud et directeur de l'Espace éthique de l'AP-HP. Sa thèse : l'euthanasie n'est jamais la solution. Il faut accompagner les malades jusqu'au bout mais ne jamais les aider à mourir, même quand ils se savent condamnés, même quand leur état physique est totalement dégradé, même quand leur vie semble ne plus avoir de sens, même s'ils souffrent le martyr et le demandent. Ces différentes situations sont successivement évoquées au fil des chapitres mais la conclusion reste identique. « Le combat éthique à mener pour humaniser, si nécessaire, la fin de vie, lui conférer une signification, une reconnaissance que tant d'obstacles compromettent aujourd'hui, se limiterait-il à la revendication d'un droit à la mort ? Je ne le pense pas », écrit-il. Au nom de quoi ? Du respect de la dignité de l'autre, de son humanité.

Cette position de principe semble difficilement tenable en toute circonstance. Dans son chapitre consacré à la souffrance, l'auteur est particulièrement peu convaincant. « La personne en souffrance nous sollicite dans notre faculté de lui témoigner, au-delà d'une compassion inconsistante ou au mieux éphémère, les signes vivants d'un attachement, d'une présence prête à surmonter auprès d'elle le pire [...]. Ne pas le comprendre, c'est abdiquer avant l'heure, pervertir les principes éthiques, se détourner de l'échange des regards pour leur préférer le geste mortifère [...]. » De telles phrases semblent dérisoires face à la violence de telles situations et le mépris affiché pour la compassion, vertu pourtant humaine, malvenu. Autant le dire, ce livre irrite souvent mais c'est son grand mérite. Il oblige a s'interroger sur ses propres positions.

MOURIR À L'HÔPITAL

par Nancy Kentish-Barnes
Seuil
243 pages ,19 euros.

Avec Nancy Kentish-Barnes, on passe de la théorie au « terrain ». Et un terrain bien particulier, celui des services de réanimation. La sociologue, qui a passé huit mois dans quatre d'entre eux, nous restitue de façon impressionnante son expérience des relations entre les médecins, les infirmières, les familles... En réanimation, c'est très clairement la technologie qui règne en maître et si les médecins qui y exercent et plus encore les infirmières ont leur part d'humanité, ce qui ressort de ce livre, c'est surtout la violence et l'inhumanité de la mort dans un tel service. Entièrement livré à l'équipe médicale, le patient - mais également ses proches - sont totalement dépossédés de sa mort. Dans de tels services, « notre mort dépend plus aujourd'hui de l'organisation et de la culture du service que de notre propre volonté ou de celle de nos proches », écrit-elle. Dans de tels services, l'euthanasie est pratiquée de façon plus ou moins active. Et à vrai dire, comme le montre très bien l'auteur, les médecins n'ont pas toujours vraiment le choix. « La technique a fait de la pratique de la fin de vie médicalisée une nécessité. » Les médecins qui s'y livrent le font alors en fonction de leur propre conception de la justice, une conception subjective donc discutable. Mais dont ils ne veulent pas discuter. A l'époque de l'enquête, ils ne voulaient entendre parler ni de consultants en éthique ni de soins palliatifs. On sort de ce livre vraiment secoué et on prie pour avoir la chance de mourir dans son lit, même si, insiste l'auteur, les pratiques évoluent parfois rapidement.

A LA LUMIÈRE DU CRÉPUSCULE

par Jean Leonetti
Editions Michalon
140 pages, 14 euros.

Après ces deux livres aux antipodes l'un de l'autre, le livre de Jean Leonetti fait l'effet d'un baume. Non qu'il élude les situations terribles ou tragiques dans lesquelles se sont débattus les patients en fin de vie et leurs familles mais il le fait avec tellement d'humanité qu'on quitte le livre apaisé. Pourtant, l'auteur ne nous livre aucun confortable prêt-à-penser. Bien au contraire. Loin de tout dogmatisme, chaque chapitre - fondé sur des témoignages recueillis au cours de l'évaluation de la loi qui porte son nom - évoque une histoire différente par rapport à laquelle l'attitude « juste » diffère. « ... Le questionnement sur la mort fait partie de notre humanité et ne se dissout ni dans le droit ni dans la loi », écrit-il dans son introduction. Enfin, son livre se conclut par une remarquable « Lettre à un ami partisan de l'euthanasie ». Convaincu ou non, on ne peut que saluer l'argumentation irréprochable, loin de toute caricature de la position adverse.


Même ayant déjà une opinion sur le sujet il peut être intéressant je pense d'en lire au moins un et c'est ce que je vais faire histoire de mieux connaître le sujet dans son intégralité. J'espère n'avoir cassé le moral de personne, si c'est le cas désolée par avance.
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Lisou
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MessageSujet: Re: livres: comment aider à mourir?   Jeu 4 Déc 2008 - 10:53

Coucou Méline o13 !
En tant qu'infirmière en réanimation, le sujet que tu proposes me touche particulièrement. Je n'ai pas été choquée par les propos de l'un ou l'autre des auteurs, car quand on travaille dans un service comme celui-là et qu'on essaie de travailler en accord avec ses valeurs morales et professionnelles, on se pose énormément de questions, seul et aussi en équipe (dans le meilleur des cas). Et les questions que je me pose quasiment tous les jours rejoignent la problématique développée par les trois écrivains...
je trouve ça bien d'interroger l'opinion publique sur ce sujet, et pas seulement les soignants, car la société (et la représentation qu'elle a de la vie et de la mort) pèse aussi de tout son poids, à travers les lois, sur les professionnels de santé et sur la famille. Et cette dernière prend et doit prendre une place (ce qui doit être terrible à faire) dans les décisions médicales.
je vais, comme toi, lire ces livres, en commençant peut-être par celui de la sociologue, qui m'attire particulièrement.
Il y a aussi un autre livre, très ardu, que j'avais commencé à lire et que je n'ai pas pu finir car à ce moment là je n'avais pas "l'esprit libre" et l'attention nécessaire, mais qui est peut-être intéressant car il parle de la Médecine et de son rapport avec la dimension du Sujet (au sens psychanalytique du terme, c'est à dire opposable à l'objet). Ce livre s'appelle L'ordre médical, écrit par Jean Clavreul (Psychanalyste).
Parce que finalement, la douleur, la souffrance et la mort peuvent être vues comme trois "brèches" faites par le sujet malade dans un univers médical qui a tendance à l'objétiser.
Je sais que c'est un peu bizarre ce que je raconte mais quand on veut aborder l'euthanasie, l'abstention ou l'acharnement thérapeutiques (qui à mon sens ne sont pas du tout la même chose), on se doit de considérer l'aspect médical, sociologique, philosophique, psychanalytique, historique, etc. C'est ce qui est difficile et enrichissant face à des problématiques d'une telle profondeur, et face à tout problème éthique.
Pas facile pour moi, qui suis engagée et qui me sens engagée dans ce problème de poser des idées claires et concises, tant le problème est actif et préoccupant à mes yeux... Donc prenons le temps de lire et de réfléchir... !
0 12h56, suite...
Après quelques heures passées à faire tout autre chose, je reviens sur le livre que j'ai cité tout à l'heure (L'ordre médical), et j'ai envie de vous présenter la quatrième de couverture, même si elle peut rebuter certains lecteurs car elle montre que ce livre est quand-même très spécialisé, et tout entier d'appartenance à la pensée psychanalytique (et peut-être suis- je un peu hors-sujet... Mais je ne crois pas) :

La médecine est fascinée par son efficacité sur ce qu'elle constitue comme son objet : la maladie. Elle n'est pas moins fascinante par son efficience sur ce qu'elle destitue : l'homme comme sujet du désir.
Vestale du désir insatisfait, l'hystérique n"a cessé de provoquer le médecin jusque dans ses temples, de l'Asclépiade de Cos à l'hopital de la Salpétrière. C'est de l'échec du savoir médical ainsi constaté, que Freud a tiré la leçon : on ne fait pas la loi au désir, c'est le désir qui est la loi.
A partir de l'enseig
nement de Lacan, le discours médical apparaît dans la permanence de sa structure, que masque le "progrès" ambigu de son pouvoir. L'apport du discours psychanalytique - dont on ne saurait s'étonner qu'il soit nul pour l'épistémologie médicale - ne peut consister à soutenir, combattre ou infléchir le discours médical. Il est de constituer une clinique psychanalytique autonome, où il rencontre le réel.

Je me permet de vous présenter ce texte pour plusieurs raisons : déjà parce que le livre n'est plus édité et qu'il peut vous être difficile de vous le procurer (moi j'ai mis un bon moment à le dégoter...!). En suite parce que, comme je vous l'ai déjà dit, il est pour moi indispensable de trouver, pour évoluer en tant que "soignante" dans ma pratique, un ensemble de discours un peu différent pour me faire une "idée" du problème. Et cette recherche d'informations et de piste de réflexion peut être aussi utile à des personnes ne travaillant pas dans, et ce inexorablement) par la médecine et son discours...
Je m'excuse d'avance si mes propos semblent obscurs et hors de propos...
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méline
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MessageSujet: Re: livres: comment aider à mourir?   Jeu 4 Déc 2008 - 15:48

C'est très intéressant tout ce que tu dis Lisou, et tu sais de quoi tu parles ça se sent.

Moi aussi c'est un sujet qui me fait me poser pas mal de questions, justement par rapport à ce que tu développes quand tu parles de tous les côtés à prendre en compte, l'aspect médical, sociologique, philosophique, psychanalytique, historique, etc... lorsque l'on parle d'euthanasie et d'acharnement thérapeutique ce qui est très différent.

Ne travaillant pas dans le milieu médical, j'ai plutôt tendance, et peut-être à tort, d'être en accord avec l'euthanasie quand il n'y a plus aucun espoir de guérison et que la personne souffre malgré les traitements anti douleurs, mais seulement dans ce cas de figure, cependant je ne suis pas concernée et n'espère pas l'être un jour avec un membre de ma famille.

Je vais moi aussi commencer par le bouquin de la sociologue, il me parait plus intéressant car il renferme de véritables témoignages et rien ne vaut la vérité sur ce genre de sujets délicats. Comme tu le dis, prenons le temps de lire et de réfléchir.

Encore une dernière question après j'arrête car ce n'est pas un forum de discussion simple, les malades parlent souvent de partir dans la dignité, toi qu'est ce que tu en penses?
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Lisou
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MessageSujet: Re: livres: comment aider à mourir?   Ven 5 Déc 2008 - 14:29

Désolé tout le monde mais le message qui suit m'a posé des soucis informatiques d'adaptation de format de documents... Et après avoir perdu mon texte maintes fois je vous le livre tel quel... En espérant que sa mise en page peu "classique" ne vous empêchera pas de me comprendre...

méline a écrit:

Encore
une dernière question après j'arrête car ce n'est
pas un forum de discussion simple, les malades parlent souvent de
partir dans la dignité, toi qu'est ce que tu en
penses?
Waouh n19... Pour une question, c'est une sacrée question .C'est un vrai sujet de philo de baccalauréat !!!! Bon, voyons donc ce que nous dit Robert (le Petit... Mon dico, quoi...) !!
Et ben Robert y nous dit :
DIGNITE : Respect que mérite quelqu'un (...) Principe de la dignité de la personne humaine, selon lequel un être humain doit être traité comme une fin en soi.

Une fin en soi... Voilà ce qui me pose question... Pas très clair
tout de même... A chaque fois c'est pareil k5 , Robert y fait que me torturer les méninges !!!!!! Et à 7h54, c'est dur !!!... je crois que j'vais aller me fumer une petite clope, moi
n19 !... En plus sur l'encyclopédie Universalis, on passe de "Diffusionnisme" à "Digestion"... Aucune "Dignité"... Du coup je peux même pas pomper dessus... ...
Par contre, si on décortique la définition de Robert, il y a la personne humaine, et là Universalis est assez bavard, et vachement passionnant !

Penchons-nous donc sur ce concept de personne, car ça peut nous donner des pistes...
Si je passe sur les guéguerres étymologiques et si je me réfère aux propos
d'Henry Duméry dans l'encyclopédie précitée, le concept de personne préoccupe les penseurs depuis... que l'Homme pense (c'est pas gagné cette affaire...!). La personne a d'abord eu un sens sociologique, l'individu étantconsidéré « selon la charge exercée, la dignité (et ben la revoilà celle- là...), le rang, la richesse, la responsabilité ». Le qualificatif de personne n'est alors attribué qu'aux individus de haut rang, qu'aux dignitaires. Puis on l'a envisagé au sens juridique, avec la personne morale, la personne juridique des juristes. Enfin le concept a évolué vers une notion métaphysique, celle de la personne ontologique, avec une idée de «singularité substantielle » : la personna devient alors le principe ultime d'individuation, c'est à dire « ce qui singularise chacun de nous, ce qui le singularise non pas accidentellement (par son physique, par sa position dans le monde) mais substantiellement (comme tel acte d'être, telle position
dans l'être) ». Et « La personne est devenue liberté de position, d'opposition, c'est à dire création de soi par soi. » Cette créativité est à la fois un « idéal de la civilisation moderne » et « la plus haute conclusion de la civilisation antique ».

Revenons maintenant à nos moutons... La dignité dont parlent souvent les
malades est donc en rapport avec cette créativité, cette « création de soi par soi » dont parle Henry Duméry... Et ce même devant la mort... La médecine semble avoir beaucoup évolué dans l'acceptation de cette créativité du patient en tant que personne, puisque depuis 2004 (oui, depuis si peu...) le patient peut refuser un traitement (liberté d'opposition), et le médecin n'est engagé devant la Loi et ses pairs que par l'obligation de le convaincre de la nécessité du traitement en question. Là où ça pose problème (entre autres), c'est lorsque la maladie est inguérissable (pas de traitements possibles), pourvoyeuse de souffrances terribles, mais ne conduit pas en elle-même à la mort. C'est ce qui pousse certains patients à demander à leur(s) médecin(s) de les « aider à mourir », et qui est repris par certains regroupements de patients par « le droit de mourir dans la dignité ».

Maintenant il faut envisager la position de la médecine, et celle des médecins (ce qui n'est peut-être pas tout à fait la même chose... Mais bon, on va pas s'en rajouter !!!).
Et voilà qu'Hippocrate pointe son nez, à travers son serment... (source
: Wikipédia)
Traduction par Émile Littré du serment d'origine[2] :


« Je jure par Apollon, médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivants :
Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon avoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s'ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part de mes préceptes, des leçons orales et du reste de l'enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre. »


« Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille
suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté.

Je ne pratiquerai pas l'opération de la taille1.
Dans quelque maison que je rentre, j'y entrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.

Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l'exercice de ma profession, je tairai ce qui n'a jamais besoin d'être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas. »
« Si je remplis ce serment sans l'enfreindre, qu'il
me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes ; si je
le viole et que je me parjure, puissè-je avoir un sort
contraire. »
1. Ouverture chirurgicale
de la vessie ou cystostomie.



Serment de l'ordre français des médecins de 1996[3] :


« Au moment d'être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité.

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes lespersonnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions.
J'interviendrai pour les protéger si elles sont
affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre
les lois de l'humanité.

J'informerai les patients des décisions envisagées, de leur raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Admis dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.

Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.

Je préserverai l'indépendance nécessaire à
l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.

J'apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu'à leurs familles dans l'adversité.
Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je
sois déshonoré et méprisé si j'y manque. »




















































Alors je me pose la question suivante : comment un médecin peut-il donner la mort, et en même temps rester à sa place de médecin ? Ça a quelque chose d'antinomique, de « schizophrénique » à mes yeux...
Il y a des cas historiques dévoilés par les médias où un médecin l'a fait, mais peut- être peut-on
considérer son acte comme un acte individuel, et non plus
médical. C'est une responsabilité morale et non
professionnelle qui y semble engagée...
Peut- être est-ce pour ces raisons qu'en France en tout cas,
la Loi n'a pu légaliser l'Euthanasie... Elle ne peut statuer
que sous la forme de jurisprudences, c'est à dire prendre une
décision au coup par coup, et qui lui semble adaptée à
chaque cas qui se présente à elle...

Considérons le point de vue psychanalytique (et là
encore, j'y vais avec grande circonspection, car je suis bien loin de
maîtriser le sujet...). Selon Jean Clavreul dans la quatrième
de couverture que j'ai présentée plus haut, Freud a
énoncé qu' « on ne fait pas la loi au désir,
c'est le désir qui est la loi »... Je trouve ça
un peu provoquant d'insérer cette phrase dans le contexte où
nous sommes (point de vue du sujet, puis de la loi, puis de la
médecine)... Ça m'évoque le désir de mort
: les gens qui demandent à mourir le désirent-ils
vraiment ? Comment le savoir ? Qui peut évaluer ce désir
? Le médecin, le psychiatre, la personne elle-même, le
Juge de Loi ??? On entend souvent (et ça m'arrive de le
penser) que quand une personne veut mourir, elle y parvient... Elle
est une personne et elle se créée elle-même
par elle-même (création de soi par soi)... A la vie à
la mort, comme on dit... Mais un tétraplégique, comment
peut-il faire, alors qu'il est prisonnier de son propre corps ?

Voilà ce qui peut mettre le médecin au pied du mur,
et ce qui peut peut-être lui faire trahir son serment...
et sans nul doute aura-t-il le deuil de sa fonction à faire
après ou avant son geste, avec toute la souffrance personnelle
que ça peut représenter. Car je ne pense pas qu'on
choisisse un métier par hasard (d'ailleurs je ne crois
pratiquement pas au hasard). Ce choix s'inscrit dans ce qui nous
représente profondément, dans ce qui fait profondément
sens à nos yeux. Et trahir ou abandonner sa fonction ne
se fait pas sans souffrance, sans perte. Il faut que ses valeurs
morales soient sacrément engagées et remises en cause
par la situation pour le faire.

Voilà
Méline, ce que me suscite ta question.. Je pense, au vue de
toutes les polémiques que ce sujet déclenche, et devant
les difficultés qu'elle révèle chez les
patients, les médecins, les hommes de loi, les psychanalystes,
les philosophes, ect., on pourrait continuer sans fin...




Il est maintenant
12h24, j'ai fumé au moins 7 cigarettes, bu deux cafetières
italiennes, et y faut que je file... dans mon service de réa...!!!!!
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méline
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MessageSujet: d'accord avec toi   Ven 5 Déc 2008 - 15:24

C'est tout ce que je peux te dire Lisou, ok avec tout ce que tu viens de développer, rien à rajouter car comme tu le dis ce serait sans fin, et arriverions-nous à une réponse, ferme et définitive sur la légalisation de l'euthanasie? En notre âme et conscience? Je ne crois pas!!!!!

je n'avais jamais lu le serment d'hippocrate, c'est très intéressant tu sais, mais il dit quand même:Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. mais il dit aussi: Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille
suggestion
. assez difficile de faire le bon choix, non? c'est un peu contradictoire, je plains les médecins qui se retrouvent face à ce genre de dilemme.

bon j'arrête sinon je suis encore reparti pour une heure!!!!

Merci pour cette discution en tous cas.
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Ojascoj
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MessageSujet: Re: livres: comment aider à mourir?   Ven 5 Déc 2008 - 19:39

Tout ce que tu nous apprends Lisou est très intéressant et on sent bien comme le dit Méline que le sujet te concerne.
J'aurais pensé que le résumé du deuxième livre présenté par Méline t'aurait fait réagir en tant qu'infirmière de réa, tout comme Mu' d'ailleurs. Car lorsque la sociologue dit
Citation :
En réanimation, c'est très clairement la technologie qui règne en maître et si les médecins qui y exercent et plus encore les infirmières ont leur part d'humanité, ce qui ressort de ce livre, c'est surtout la violence et l'inhumanité de la mort dans un tel service.
, je réagis, moi violemment.
Pourquoi, parce que oui effectivement mourir à l'hôpital, de manière brutale ou après que les médecins et les infirmières aient pu faire tout ce qui était en leur pouvoir n'est certes pas une panacée mais combien de vies ce genre de service sauve ? Ces médecins, cette technique sauve la vie, parfois in extremis.
Je ne connais (heureusement) que la réa pédiatrique et heureusement encore pas dans un contexte fatal mais lors du court passage de ma dernière fille dans ce service à la naissance. Mais malheureusement, j'ai assisté au désespoir de parents dont l'enfant a fini par mourir ou qui n'est pas revenu d'une opération. J'en ai encore froid dans le dos et le coeur bouleversé et des images dans la tête qui ne me quitteront peut-être jamais mais ce n'est pas la technicité du service qui me revient à l'esprit. C'est la dignité des équipes, le temps qu'ils laissent aux parents pour accepter cette mort, c'est le silence respectueux. Alors la mort, quelque soit la manière dont elle intervienne est toujours une déchirure pour les vivants.
Mon oncle décédé d'un cancer en mars dernier à l'hôpital n'a certainement pas eu la mort qu'il souhaitait. Mais il est parti sans souffrir et ceux qui restent, je pense avant tout à sa femme et ses enfants, gardent une image du mort apaisée et plus des affreuses souffrances endurées ensemble.

Pour ou contre l'euthanasie est une question tellement complexe qui implique tellement l'être et tout ce qui le constitue : son histoire, ses croyances, sa famille, sa volonté... qu'une question globale n'est certainement pas possible.
Je n'ai pas d'avis sur la question. Je pense que la fin de vie brutale ou accompagnée est toujours trop dure pour les vivants et que rien ne peut vraiment soulager cette douleur de cette perte.
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Lisou
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MessageSujet: Re: livres: comment aider à mourir?   Sam 6 Déc 2008 - 0:12

Ojascoj a écrit:
C'est la dignité des équipes, le temps qu'ils laissent aux parents pour accepter cette mort, c'est le silence respectueux. Alors la mort, quelque soit la manière dont elle intervienne est toujours une déchirure pour les vivants.
Je te remercie pour cette remarque qui me touche, et qui touchera Mu' de la même façon je crois. Moi, ce qui me touche le plus dans ce boulot, c'est l'accompagnement des familles par mon équipe... C'est vrai qu'on met un point d'honneur à attendre que les familles soient prêtes à entendre la mort de leur proche, à leur expliquer, leur réexpliquer que c'est la seule issue, et ce du moment que la personne soignée n'en pâtit pas et n'en souffre pas plus. C'est vraiment pour nous une priorité, et un sujet de discussion lors des "staffs".
Si je n'ai pas réagi au propos de cette sociologue, c'est que je n'aime pas réagir à chaud, avant d'avoir eu tous les arguments qui amènent au discours, et aussi parce qu'en étant située au cœur de l'action, j'ai aussi une vision sur les résistances du soignant vis à vis de la mort - et ça n'a rien à voir avec la fonction... Médicaux, paramédicaux, nous sommes tous dans le même pétrin.
Et d'autre part, en tant qu'analysante depuis dix ans (c'est à dire en cure psychanalytique), j'ai aussi une vision aiguë de la dimension du sujet, de ce qui peut l'altérer, le priver d'espace vital. Du coup je repère ce qui, à mon sens, dans l'environnement hospitalier et en réanimation puisque j'y travaille depuis cinq ans, peut être aliénant pour le patient en tant que sujet. Et je fais tout pour faire évoluer les choses, en restant à ma place d'infirmière, et en respectant profondément mes collègues médecins, aides-soignants, cadre, etc. Et je suis friande d'autres regards, même s'ils me bousculent dans ma pratique ou dans ma représentation de la médecine, de l'hôpital et de la réanimation. Je me considère en perpétuel questionnement, et ce n'est pas une remarque de plus, même injustifiée qui va me blesser (et d'ailleurs une remarque peut-elle être injustifiée ?). En même temps, si j'avais été profondément heurtée dans mes valeurs morales et professionnelles en travaillant à l'hôpital, je n'y serais pas restée, et je trouve qu'on fait un super boulot, tant dans l'urgence que dans les prises en charge longues ou de fin de vie. J'ai rencontré des gens fabuleux, passionnants, et notamment des patients qui m'ont vraiment marquée et m'ont permis d'apprendre mon métier (et aussi la vie) en toute conscience. Je parle au passé car pour moi c'est bientôt la quille, puisque dans moins d'un mois je quitte mon service pour me réorienter professionnellement... Donc je suis "un peu" émue...!
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Lisou
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MessageSujet: Re: livres: comment aider à mourir?   Sam 6 Déc 2008 - 12:46

Lisou a écrit:
Si j'avais été profondément heurtée dans mes valeurs morales et professionnelles en travaillant à l'hôpital, je n'y serais pas restée, et je trouve qu'on fait un super boulot, tant dans l'urgence que dans les prises en charge longues ou de fin de vie.
Bonjour !
Je reviens sur ce que j'ai écrit hier soir...
Le "super" boulot qu'on fait, on le fait avec ce qu'on est, ses résistances, et ses facilités. Chaque professionnel chemine à son rythme, celui-ci étant totalement dépendant du cheminement personnel. Je trouve que l'important, c'est d'essayer de s'améliorer en tant que professionnel, pour le bien des malades et aussi pour le bien de l'équipe (car quand on travaille, on vit... Et Dieu sait qu'on y passe du temps au boulot...!!!). Et s'améliorer passe par la remise en question, par le fait de regarder les choses en face, et surtout d'essayer de regarder nos résistances en face. Ça passe par les émotions, qu'on ressent des malades, de nos collègues. Le travail est de les écouter, les prendre en compte, puis de faire une sorte de tri entre celles qui nous sont propres, et celles qui sont communes avec les émotions des autres... Magnifique programme à mon sens !! Les émotions sont notre outil de travail.
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Ojascoj
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MessageSujet: Re: livres: comment aider à mourir?   Sam 6 Déc 2008 - 17:48

Quand je te lis je me demande pourquoi tu pars d'un métier qui a l'air de te passionner et que tu as l'air de faire super bien.
Personnellement, je suis épatée du travail des équipes de réa. Je ne m'en sens absolument pas capable.
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Lisou
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MessageSujet: Re: livres: comment aider à mourir?   Sam 6 Déc 2008 - 18:03

Et ben j'avais envie de bosser avec les enfants, mais pas les enfants malades... Je trouve ça encore trop dur pour moi... Et être institutrice c'est encore une manière d'entrer en relation d'aide, mais avec comme média l'apprentissage des matières générales, ou le dessin, ou la musique... J'imagine que toi, en tant que maman, tu sais bien tout ce que font les enfants à l'école..! et puis j'ai envie de sortir de la relation soignant/soigné, pour en essayer une un peu différente, a priori.
Le fait d'aimer mon métier actuel me met en sécurité, car si être instit' ne me plait pas, je pourrai facilement réintégrer les soins infirmiers. Donc c'est tout bénèf' !!!!!
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Ojascoj
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MessageSujet: Re: livres: comment aider à mourir?   Dim 7 Déc 2008 - 14:28

C'est vrai et c'est super d'aller essayer autre chose !
Mais détrompe-toi, en tant que Maman, je ne sais pratiquement rien de ce que font mes enfants à l'école ! Certains profs ne communiquent pas du tout et les enfants restent assez discrets sur leur journée scolaire. Alors finalement, l'école est le premier lien que l'on perd avec ses enfants, un premier pas pour eux pour l'autonomie, un peu déroutant pour une mère au foyer qui a l'habitude de tout connaître de ses petits mais nécessaire et super chouette aussi de les voir grandir et évoluer différemment.
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